mercredi 31 octobre 2018

Le poète et l'actualité




Alors poète
N'y a-t-il rien que tu pourrais chanter 
Dégagé de l'obscurité et de la noirceur 
Un truc bon et beau comme les yeux de ta belle 

Toujours tes vers privilégient les guerres
Les attentats les brisures
Le sang déversé les mères rompues
Les fleuves souillés les animaux détruits
Serait-ce que cela te plaît

Sinon pourquoi ce don que tu te prêtes
Cette envie de dire vrai 
Ce talent cette appétence
Servent-ils la morbidité
N’y a-t-il rien à mettre en valeur
Quelque avion solaire tournant sans carburant autour de la Terre
Des enfants de Sion et Ramallah dansant ensemble
Un armistice conclu quelque part 
Des stocks d’armes détruits
Un roman à faire pleurer la planète entière 

Le temps presse poète
Le monde n'attend pas
Fais que ton signal
Soit plus fort que la détresse en balise



  31 octobre 2018

dimanche 14 octobre 2018

TOUS DES OISEAUX







Des douleurs des mémoires des retours des soudain 
des enfants inconnus qui t’appellent papa 
une mère oubliée (oubliée?) sèche dure 
des os des rides traversés d’éclairs noirs 
une sorcière en phalanges et en grognements
qui soudain fond comme  du beurre

 
Des oiseaux libres, trop libres
qui veulent devenir poissons, éléphants, voler sur le dos en fermant les yeux, péter le mur du son, se brûler les ailes aux soleils de la lune, qui préférent le hasard au confort, la beauté à la gloire, le malheur - puissant et lourd - à la routine du bonheur


 
 
 Représentation au Grand T, Nantes, 12 octobre 2018
de la pièce de Mouajdi Mouawad

Djamal KHASHOGGI Un homme disparaît


Djamal KHASHOGGI

Un homme disparaît


Il a poussé la porte
D'un étrange au-delà
Nul ne sait s’il flotte s’il respire
S'il a conscience de lui-même
Si ses membres se tiennent

Il a poussé la porte
Qui donne sur les limbes
D’être et de n'être plus

Cet homme qu'on a enlevé
Avait des choses à dire
Il questionnait les cris
Il interrogeait clair
On l'a poussé par surprise
Dès la porte passée

Est-ce un conte oriental
Cette disparition
Un tourniquet magique  
Une porte passe-passe

Nul abracadabra 
Hélas
Pour reconstruire le corps
Nul sésame
A son âme

En attendant on rit
Quelque part à Riyad
On foule d'épais tapis
Où s'étouffent les bruits


Disparition du journaliste Djamal KHASHOGGI
après son entrée au consulat saoudien d'Istanbul
le 2 octobre 2018 
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mardi 9 octobre 2018

J’aime les Christ aux grands pieds





J'aime les Christ aux grands pieds



J'aime les Christ aux grands pieds
Qu'on trouve aux coins des champs
Perdus cherchant leur route

Leurs orteils de pierre démesurés
Semblent encore fouler
La terre d’Israël
Ils sont comme des barques
Chaussons impossibles à quitter
Comme on ne quitte pas cette terre son ciel bleu 
Le balancement de ses femmes dans le pli des tuniques 
Le rire des enfants les yeux mouillés des hommes 
Quand ils rangent la guerre 

J'aime les Christ aux grands pieds
Grands doigts grandes mains
Qui chatouillent et grattouillent le bon de la vie 
 Qui valident toutes les directions 
Tant qu’elles visent à trouver 
D’autres doigts d’autres mains

J’aime les Christs aux grands pieds
Qui semblent chercher la plage
Pour bâtir des châteaux ou plonger dans la mer 
Le pagne est déjà un maillot
N'y voyez sacrilège ou offense ou blasphème
Ces icônes de pierre 
Ont regret de la chair 
Des douceurs de la peau
Du printemps bien trop court 
Que l’éternité même 
Ne rattrape jamais

Les Christ aux grands pieds 
Scandent le temps des regrets 

vendredi 28 septembre 2018

Les hommes ne méritent pas les femmes




      Trop rasés ou pas assez, négligés, la peau rêche sombre rouge, les gestes sans grâce, mal inscrits dans l'espace, rien des statues, des guépards, du corps inquiet qui balance dans le bleu du bitume

      Les hommes ne méritent pas l'amour que les femmes déversent les yeux grands ouverts, leur non-violence, la vie donnée quand eux la prennent, dans leurs guerres, leurs combats puérils, leurs cris, leurs bagarres, leurs envies de drapeaux

      Les hommes ne méritent pas le rire des femmes, leur souplesse, l'éclat de leurs yeux franc comme celui du soleil sur les pierres

      Les hommes sont sourds, aveugles
      Ils ignorent la source comme le ruisseau, se contentent du flot, et quand ils voient la mer, ils croient trouver l'infini que les femmes, déjà, ont en elles depuis grosses

      Les hommes sont patauds, maladroits, leurs chaussures ont les talons usés, le cuir déverni, les chaussettes trouées, ils s'arment de certitudes et arrachent les fleurs quand il faudrait les planter

      Les hommes ne méritent pas le regard des femmes qui, désolées souvent, leur font pourtant bonne figure, les aiment même, indifférentes au coût de leur don

      Les hommes ne méritent qu'un miroir se voir tels qu'ils sont, pâle reflet d'un amour qu'on leur sert et qu'ils broient, inconscients, croyant au miracle de la poudre éternelle


(à Thelma et Louise et Rezvani, 28 septembre 2018)

vendredi 14 septembre 2018

François Corneloup









Il arrive en bateau

Le François

Son saxo dans le ciel

Rafraîchi d'impro

Notes bleues

Crème
A peine café


Qui de tout nous dédouanent



Sur les quais on s'arrête

Saisi

Sauf les joggeurs

A cause des écouteurs



Et les trilles vrillent

Les spirales embobinent

Les visages amarrés

Extatiques



Au matin on est mûr

Pour faire le raccord

D'un corps à Corneloup

Se perdre de records

D'accords et encore

Et toujours

D'accord

8 heures du matin, 2 septembre 2018
seul sur un quai de l'Erdre...




« La nation est de retour ! »






On s'axe mal en Saxe
Qu'un homme meurt
Et oh ! hisse !
On s'arrime au fascisme
On déchaine la haine
La phobie affolée

Les cranes volent ras
Comme souvent\comme toujours\comme hélas
Revendiquant sournois
Qu'on punisse le vice
Aux étrangers vissé

Ils disent stop
Ces néos du néant
Bras tendus vers le rien
Laissez-nous entre nous
Laissez-nous nous tuer

Laissez à la frontière
La vie et les idées
Les illusions les rêves
Les différences



27 août 2018, à Chemnitz (Allemagne), manifestation d'extrême droite
après un meurtre imputé à des réfugiés