samedi 3 avril 2021

Etre une huître (tant qu’à se reconfiner...; poème du reconfinement 12)

Poème du reconfinement 12

 



Être une huître 

s’ensabler dans les grands fonds

pousser du pied remonter

entrebâiller la coquille

découvrir le soleil

pleine chair plein corail

s’iriser de couleurs

s’arroser de colère

émerger replonger

chercher le banc des camarades

s’y asseoir cinq minutes avec elles

glisser à l’orée des fleuves

emboucher les deltas

éviter le couteau

des chasseurs le panier des cueilleurs

pousser au cul les saumons

apprendre l’affût les techniques

moche à l’extérieur maîtriser la laideur

revendiquer pics armure cuirasse

être huître à l’intérieur

molle mollusque molasse

édredon rempli d’iode

coussin de vie taie de parfum

frondeuse gardant la tête froide


être loin oublié

un caillou coupant que l’on craint

qu’on laisse dormir

dans sa vie de bel oncle belon

de marraine marenne

de scandale cancale béguin banc d’Arguin

tranchant jusqu’à la parole

quand on ne sait pas la prendre

qui s’exhale fétide si trop on l’exhibe

être huître pour jouir et bailler

cligner de la bulle à la vie

aussi capable de pincer la peau d’un requin

que s’étourdir dans un tourbillon de sardines


vivre cent ans

certains disent mille

d’autres même toujours

nacre et calcaire époux l’un à l’autre

croissant dans les vagues

les océans pour mère

les courants pour frontières

 

26 mars 2021


 

vendredi 19 mars 2021

Folle année (Confinement an I)





Vois où tu nous as menés

Sommés d’être à fond de cale

A confondre la nuit et le jour

A éviter les vieux qui

Dans la nuit crient des prénoms

Le tien le mien en sonnant l’infirmière


Même testé il fallait chuchoter

Supporter des voisins invisibles

Se faire sorteur de chien joggeur

Ramasseur de poubelle chauffeur

Se centrer sur des murs sans espace

Restreindre amours et promenades


Folle année tueuse de la douceur

Douze mois sans bisous sans baisers

A retourner les rues les tourner

Raboter à merci les quartiers

Les enfants Chats Bottés rabougris

Se croyant loups n'étant que souris


Année folle bâtie en entonnoir

Tunnel ligne blanche pot au noir

Maigres espoirs au bout des nageoires

Attendre le rayon du jour

T’attendre au lever du jour

Ma démasquée sans calendrier





anniversaire du 1er confinement Covid-19, 17 mars 2021


 

 

dimanche 14 mars 2021

J’aime ton poème Amanda




 J’aime ton poème Amanda
Je l’aime de toute ma langue
Je l’aime en toutes les langues
Intrépide effronté courageux
Il fait danser les mots
Pour être compris de tous

Nous sommes tous ton poème Amanda
Nous pouvons tous le traduire
Nous pouvons tous le vivre
Partager les pulsations
D’air et de sang qui l’irriguent

J’aime ton poème Amanda
Car sa langue est la mienne
Celle des chats et des océans
Des arbres et de la fraternité
Que chacun le dise que chacun le lise
Et en sème les graines


Un éditeur néerlandais cède devant une journaliste condamnant la traduction d’un poème de l’afro-américaine Amanda Gorman par une professionnelle non Noire.André Markowicz s’insurge dans une tribune du 12 mars 2021 :« Personne n’a le droit de me dire ce que j’ai le droit de traduire ou pas »







 

mercredi 10 mars 2021

Djamal Kashoggi's murder (bilingue)

 

 

L’insoupçonné barbote

Tapis de soie sous le fessier

Poussé de vent il passe

Entre le temps et l’espace

Le monde obéit

Aux doigts à l’oeil

Quand il en reste

Un virage lui fait pencher le visage

« Tiens ! les droits de l’homme ! »

Il rit

Accélère

Part s’étirer au soleil

C’est si bon d’avoir des membres 

 

Plainte de Reporters sans frontières contre MBS

pour crime contre l’humanité1er mars 2021


 

 


The unsuspected dabbles

Silk mat under the buttocks

Pushed by the wind it passes

Between time and space

The world obeys

With the fingers to the eye

When there are some left

A bend makes him tilt his face

"Here ! Human rights! "

He's laughing

Accelerates

Goes to stretch in the sun

It's good to have members

 

 Complaint by "Reporters Without Borders" against MBS  

for crimes against humanity March 1, 2021

samedi 27 février 2021

Poème du reconfinement 10 : Rage de confiné




     Quelle couleur, la rage, en camp de réfugiés ? 

        Vert, bleu, jaune, rouge ? 

    Sang, morsure, délire ? 
 	Quelle température rend digeste sa cuisson ? 
  	De quelle dose d’espoir la couvrir pour l’amadouer ? 
  	Un réfugié est un mort. 
        Vidé d’espace. La vie barbelée.
        Lutte mécanique pour un brin de toile, un bout de toilettes, 
        un fond d’huile, trois dattes. 
        Il a quitté la vie et la vie l’abandonne. D'autres vies ont filé.
        Trois coups de machette, une rafale de mitraillette. 
        Restent les rires des rafaleurs.
        La vie s’est absentée en laissant claquer ses mâchoires dans la seule chair 
        à sa mesure : un cœur de survivant. 
 
 	Où est le monde, demande le réfugié ? Le vrai monde de fruits empilés,
        de tissus lavés séchant au vent, d'étals de poisson frais, de manioc frit, 
        de douces chauves-souris ? Ce monde qui désormais l’ignore ?
    Sa tente est un écran éteint à l’heure où dansent les hémisphères.       
        Et si les gardiens insomniaques - le froid, la faim - parfois rendent les armes, 
        abrutis de campagnes humanitaires, ils ne dissolvent pas la rage. 
        La rage est un vernis trop dur. Une fois injectée elle se duplique, infecte, 
        colonise les nerfs et les aortes.
 
 	L’homme est fait pour partir.
 	L’homme est fait pour rouler, marcher, suivre le soleil à l’envers, se poser, 
        partir encore, parce que la fille, parce que le garçon est ailleurs.
        Le bonheur a le charme du décalage, toujours déporté. 
        Il exige d'autres gages que ceux des passeurs. Attendre, attendre. 
        Il faut attendre encore. 
 	Le réfugié sait le Covid, comme il sait les gestes-frontières. 
        Mais il est contagieux d’autre chose. Sa rage ravage tous les âges, 
        présage mauvais que l’on encage : « Sage, sois sage, le temps viendra ». 
        Et Tindouf attend. Le Liban attend, le Congo, le Honduras, la corne de l’Afrique
        attendent. La rage attend dans des gares plombées de temps, 
        où les aiguillages ont disparu. Elle ne sait où aller. Elle a perdu ses couleurs. 
        Elle est lave lourde, qui envahit les voies de sa viscosité.  
 	Les trains ne rouleront plus. Les trains ne viendront pas. 
        Ils brûleront d’un feu bouté par des radeaux sans rame, 
        sans voile, bâtis d’hommes-rondins entrecroisés, qui nus et dépecés,
        iront à l’océan noyer leur rage. 
 
 26 février 2021
 
Michèle CATTANI Afp

mardi 16 février 2021

Coup d’État en Birmanie

 

Qui es-tu toi
Le militaire
Pour dire le droit
Et taire les formes
Et de quel droit
T’installes-tu
En uniforme
Dans le fauteuil
Des gens élus
Fais-tu main basse
Sur chambre haute
Et chambre basse
Qui es-tu donc
Pour vouloir tout
Ce qui est aux autres
Pour inverser
La pyramide
Annihiler
Les isoloirs
Faire de la vie
Un champ morbide
Oui qui es-tu
Pour prendre place 
Dans les jardins
Les parcs les places
Chassant les belles
Et les beaux garçons
Les vieux tranquilles

L’âge des casernes
Est révolu
Rentre donc 
Vieille baderne
Briquer tes bottes


Coup d’Etat militaire en Birmanie 1er février 2021

Afp

lundi 15 février 2021

Quans passent les teufeurs

 
 
 
 
Ça montait des trottoirs
Tel les brumes d’un fleuve
Une sagaie de sons
Dans l’opale du jour

Soudain devenus branches
Les réverbères vibraient
Pavant les ruelles sourdes
De systems et de sounds

Les teufeurs rois du monde
Nageaient heureux en nage
Recouvrant la minaude
Des sifflets policiers

Ils connaissaient le piège 
A leurs plages d’arpèges
Quand le préfet «...deux...un...»
Couperait le courant

 
 

Manifestation Maskarade à Nantes 13 février 2021