jeudi 30 avril 2026

Une guerre du cadastre

 

Rogner ronger réduire

Annihiler couper interdire

Retracer occuper envahir

S’approprier contester exiger

Menacer défaire refaire

Clôturer piéger

Mine tirer

Mépriser insulter rabaisser

Viser stigmatiser

Écarter encarter décarter

Grappiller fausser prétendre

Ester plaider falsifier

Pour finir au bout du rouleau

Avec une seule signature 



« La guerre de Cisjordanie est une guerre du cadastre »

Luc Bronner, 24 avril 2026


 

Cali le généreux

 


À Nantes qui l’attend

Cali le généreux

Offre ses souvenirs

Les beaux l’amour l’enfance

Les à peine croyables

« J’ai suivi Léonard Cohen ! »

Les lourds de l’âme aussi

Devenus durillons

Et qui font toujours mal

L’exode républicain

Les mal traités d’Espagne

Les migrants d’aujourd’hui

Qui leur ressemblent tant

Cali va sans tanguer

Même jeté dans la foule

Il parle à chacun

Il se laisse toucher

Il conduit une enfant

Avec lui sur la scène


Cali le généreux

Rend hommage à ses pairs

Ferré Dylan U2

Ses mots touchent leur cible

Émouvants et sensibles

Féroces aussi parfois

Avec les fous de droite

Mais basta pour les cons

Il donne envie de vivre

De vivre et partager

Et c’est cela qui compte

Serti dans la musique



28 février 2026

Cali à la salle Paul Fort de Nantes


 

lundi 20 avril 2026

Pour les livres

 

Livres merveilleux livres

Véhicules de beauté et de réalité

Même numériques devenus

Vous n’êtes pas des marchandises comme les autres

On peut vous stocker

Mais pas vous enfermer

On peut vous étaler

Mais pas vous ligoter

Vous allez par les vents

Et courants de pensée

Avec pour seuls bagages

Les mots de vos pères et mères

Autrices et auteurs

Qui vous ont élevés bichonnés

Tranquillisés rassurés

Votre liberté est la leur

Et ces libertés ne s’achètent

Quels que soient les marchands

Quelles que soient les richesses

Les livres vivent loin des coffres


16 avril 2026

115 auteurs quittent la maison Grasset

après le licenciement de son directeur


 

mercredi 8 avril 2026

Le p'tit oiseau au riad

 

Le p’tit oiseau vient réveiller

Le riad encore ensommeillé

Un piqué au fond du patio

Une remontée en musique

Il se pose sur un tableau

Lustre le fer des balustrades

Des chambres on l’entend c’est le jour

Le signal frais du matin neuf

Quintes quartes et il s’écarte

Remonte en haut sur la terrasse

Défie la Koutoubia replonge

Allez debout il s’égosille

À la fontaine hors des plumards

Une à une les portes s’ouvrent

Sur le petit avion de plumes

Qui lâche heureux dans le riad

D’ultime trilles en myriades

 


 


Ma chérie (Marie N'Diaye)

 

D’autant plus perverse la voix

Qu’elle sucre susurre les mots

Impose sa seule réalité

C’est lui qui possède les mots

Qui les dirige comme un troupeau

Ces mots qu’elle ne sait pas détricoter

Contredire elle ne sait

Sur le côté un piano essaye autre chose

Cordes percutées/rythme haché/brutaux contrastes

Ma chérie tout ça c’est à cause de toi

Je t’aime moi

Notre bonheur c’est quand tu es d’accord avec moi

L’autrice actrice lectrice

Laisse quelques vers

De Dickinson Akhmatova Plath

Onduler derrière elle

On rit parfois

Tant la ficelle est grosse

Et pourtant la femme si longtemps attachée à sa longe

Vingt ans pour la couper

La chérie s’envole bye c’est pour toujours

Le mari sûr de lui la plaint

La pauvre de s’être ainsi de lui

Libérée


26 mars 2026

Lecture musicale par Marie N'DIAYE de son texte « Ma chérie »

au Théâtre du Glob de Bordeaux


 

mardi 7 avril 2026

Un pont sur la mer

 


Comme une libellule allongée

Sur sa barge de milliers de tonnes

Le tablier géant qui a vaincu la mer

Cligne de l’œil aux quais

Freine aux bras du fleuve

Et la nuit venue amorce

Le demi-tour de sa vie



7 mars 2026

Arrivée à Nantes du tablier du pont Anne de Bretagne


 

samedi 14 mars 2026

Clément Oubrerie

 


La vie a décidé Clément

De ne pas l’être avec toi

Tirant trop tôt un trait

Sur ceux que tu as tracés


Avec Julie la scénariste

Complice à pleine gomme

Vous aviez encore

Tant de cases à remplir


Et l’on se sent bien triste

A découvrir la mort

Venir te prendre aux tiens

Sans jamais plus nous ravir



1er mars 2026

Mort du dessinateur Clément Oubrerie

(Aya de Yopougon, Pablo, Isadora, Voltaire amoureux, Dali…)



lundi 9 mars 2026

Pas de temps pour les regrets

 


Il n’y a pas de temps pour les regrets

Juste la vie à pousser

En regardant le soleil

Se lever dans tes yeux


Il n’y a pas de place pour le retour

Courir vers la falaise

Laisser au gouffre l’ombre

Voler dans la lumière


Il n’y a pas de temps pour l’oubli

L’absence est un poison

Jette le couteau

Garde les cicatrices


Il n’y a du temps que pour nous

Armés de pétales fanés

La vie dit pulse pas pouce

L’impasse est dans les souvenirs

 


 

samedi 7 mars 2026

Le jour des 200 avions

 

200 avions au prétexte de paix

Versent à pleins seaux du carnage

Et les cieux de missiles saignés

Remisent les rêves aux portes des caves



En finir

Mais avec qui quoi comment

Quelles roues bloquer quels cycles rompre

Quels dieux brûler quelle langue parler



Peut-être laisser les femmes

- qui savent l’enfant

ses joujoux ses guéguerres

ses colères ses peurs -

Apprendre aux hommes à plier

Des avions en papier

Pour dédier aux oiseaux

Les couloirs de l’espace

28 févier 2026

attaque israélo-américaine sur l’Iran


 

vendredi 27 février 2026

Alexeï Navalny anniversaire

 




Deux ans qu’il est mouru

Au nord de la Russie

Maltraité mille fois

Achevé aux poisons

Le choc du Novitchok

Puis l’épibatidine

Injectée sans scrupule

Par de savants bourreaux


On vient fleurir sa tombe

De bouquets de colère

D’indignation tremblée

On prie que ses souffrances

N’aient pas été en vain

Et que le bloc de glace

De la folie Kremlin

Fonde au plus vite en boue




16 février 2026

deuxième anniversaire de la mort d’Alexeï Navalny


 

mardi 10 février 2026

La pluie

Elle tombe la pluie
Pelant le ciel
De son petit scalpel
Dérobé à l’azur
Etirant ses longs cheveux
Crépitants
Pipelette idéale
Pour bruiter les orages
Graveuse d'éphémère
Au cahier des nuages

Elle tombe la pluie
À la pelle
À l’appel du ciel
Dans les rues
Hors les nues
Sur les ardoises grises
Fracassée
Comme Sabbat
S'abat
Sur les sorcières folles
 
Elle se scénarise
Au cirque des transformistes
Amatrice de transes
Qui tamise rouge bleu
Si le soleil s’en mêle
S’agrège en gros grêlons
Quand filent les flocons
Et brumeuse zappeuse
Évaporant les blondes
Elle est bruine qui ruine
Les brunes à bouclettes

D’un coup
Elle s’en va
La pluie
Elle part
S’en
Traverse
L’averse
Nue 
Aquatique
A quoi
Tique
Le poète détrempé 

 

10 février 2026

 


 

vendredi 6 février 2026

Neige (ou pas) à Cortina

 

 

Elle vient bien du ciel

Aux jours gris de l’hiver

Grésil ou floconneuse

Ouvrière sans machine

Qui brode des rideaux

A la blancheur multiple


Et voilà tout de go

Qu’au prétexte J.O.

De faux gentils G.O.

La désirent uniforme

Jetée par des canons

En couches régulières


Laissons plutôt la neige

A son rythme tomber

A sa guise glisser

Et s’il faut renoncer

A lui fendre le corps

Rêvons juste rêvons



6 février 2026

Ouverture des JO d’hiver à Cortina d'Ampezzo (Afp)


 

mercredi 28 janvier 2026

ICE crimes

 


Nazie un peu, zélée beaucoup

Prête à passer la corde au cou

De tous les abuseurs d’asile

Qui sapent les États-Unis


Police un peu beaucoup milice

Elle tartine à gros petons

Les droits de la population

En brisant portes et mâchoires


C’est la violence autorisée

En voitures banalisées

Que gèrent d’anciens émeutiers

A la faveur du roi graciés


Careful if you’re driving

Careful if you’re walking

In any way you will be wrong

These men can shoot you as they like


Mais la vie reste la plus forte

Elle envahit la rue pour soutenir

Le cœur d’un seul amendement :

Aux hommes la priorité




28 janvier 2026

chasse aux immigrés aux États-Unis


 

samedi 24 janvier 2026

terre perdue

  

et donc cela peut arriver

la terre des vieux

des pères des mères

encerclée de murs

coiffée de barbelés

l'horizon rayé d'autres maisons

installées impromptues

en douce

en force

administrative

la poussière des chemins interdite

cachées les grottes 

suspects les arbres 

fuyants les regards

 

cela peut donc arriver

de marcher avec un laisser-passer

pour nulle part

sans mémoire

hier dissous

demain proscrit

sur une terre sans trace

oubliée inscrite perdue reprise

floutée derrière les apparences

rêvée

 

ce serait donc possible

cet effacement

annulation

tour de passe-passe

revenez plus tard

aux jours anciens

quand la terre n'était rien

parce qu'elle était tout

 

des enfants

regardent

la frontière

encore

hument

savent sa saveur

attendent

craignent la touffeur

qui dissout

en vapeur

le chant des vieilles pistes

 

même de leur chair

ils ne sont plus sûrs 

 

 

23 janvier 2026

inspiré du film "Paleastine 36" 




 

jeudi 1 janvier 2026

Beauté 2026

 



La beauté sera notre vœu

Beauté des regards

Beauté des propos

Beauté des désirs


On ira sur la plage

Faire des dunes de mer

Et les oiseaux riront

D’être ainsi approchés


Une brume suffit

Pour sculpter l’innocence

Nous serons la beauté

Trois cent soixante cinq jours





1er janvier 2026