Éprouve la mer
En toute innocence
Barbouille-toi d’iode
Ton projet nager
Délaisse la page
Blanche de la plage
Remplis tes poumons
D’encre goémon
Et reprends la mer
Comme un grand livre
La laissant t’aller
Île débridée
Éprouve la mer
En toute innocence
Barbouille-toi d’iode
Ton projet nager
Délaisse la page
Blanche de la plage
Remplis tes poumons
D’encre goémon
Et reprends la mer
Comme un grand livre
La laissant t’aller
Île débridée
Le ciel ondule
À l’heure des hirondelles
Comme un lait
Fouetté par le vent
Les cris signent les cieux
Il fait chaud ou pas
Ça dépend du pelage
Qu’on s’est mis sur le dos
La tête en bas
Pour mieux les écouter
Je vais
Chaque nid vaut un port
Chaque plume un marin
On se prendrait les pieds
Dans leurs ailes rapides
Si réunies au fil
Elles ne partaient demain
Et comment pourrait-elle
Ne pas voir un peu rouge
L’Albanie de Zvërnec
Quand des grues aux roues d’or
S’apprêtent à couvrir
Les nids de leurs flamants
De gros béton teinté
Aux couleurs corruption
Elle préfère les oiseaux
La solidarité
Les marches dans les bois
Eduquer les enfants
A jeter aux orties
Les jetons de présence
Privilégier les œufs
Les bons gros œufs de rien
De crapauds de serpents
De flamants de cigognes
manifestations à Tirana depuis le samedi 30 mai 2026
contre les projets immobiliers de luxe d’Ivanka Trump
https://fr.wikipedia.org/wiki/Revolution_des_flamants_roses
Noir liquide de la pinède calcinée
Troncs zombies titubant comme des revenants
Racines condamnées aux enfers de la terre
Le feu d’épées folles étincelle bouillonne
Contourne en glouton obsédé les pare-feux
Affamé de résine jamais résigné
Il machine des murs de pas moins de dix mètres
Pour offrir à la nuit son futur de goudron
Avant de conduire d’autres lieux au massacre
La seule eau qu’il tolère sont les seaux de larmes
Des humains stupéfaits de l’avoir accouché
Cet enfant déréglé d’un climat maltraité
Ce pourfendeur de fronts qui signe ses forfaits
Au cristal de charbon ensauvagé de cendres
Il mue les rues en tombes et les rêves en fumées
Avant de se fixer sur la désolation
22 juillet 2026, départ du feu de Saumos
L’air lourd bat
Couverture jetée sur l’été
Qui ne demande rien d’habitude
Mais la canicule a du barbare
Elle déferle
Accroche l’incendie
Aux pitons des fournaises
Étouffe les gorges
Détrempe les peaux
Rage de banqueter
A tous les corps mous
Elle est prête venez
Lui servir des vertiges
De poumons enflammés
Elle sortira son vin
De ciel bouché de bleu
D’où vient-elle
Cette Gengis Khanicule
Du centre de la Terre
De la planète Mars
De la fatalité
Ou de notre constance
D’aveugles consentants
A rassembler ses forces
S’ils passent devant toi
Les enfants du soleil
Qui savent éblouir
Oublie de leur sourire
Interdit désormais
D'être soi c’est la loi
Qu'appliquent les pays
Dirigés en treillis
Comme tout être humain
Tu es plus vaste que
Ta douleur ta tristesse
Le jour viendra l’ami.e
Où le peau à peau
Ne dépendra plus
De quelque suppôt
De soldats obtus
12 juin 2026
Les « pratiques LGBTQIA+ » passibles de 10 ans de prison au Niger
La ville a le tempo
Du cœur qui bat
Des mains qui claquent
Des pieds qui bougent
Les épaules dansent
Les sourires forment
La chaîne franche
Fraîche et multicolore
Bien calibrée contre la haine
Slogans humour
Costumes folie
Extravagance extravestance
Les filles à demi nues
Sont peintes au bout des seins
Liberté d’être soi
Avec les autres
Le vrai partage
Ce meilleur lot
De l’être humain
Et va donc pour la fête
La transe et le mambo
Que les cris fusent
Les corps fusionnent
Et l’amour donne
13 juin 2026
C’est pas que le ballon
Nous fasse tourner pas rond
C’est pas que les pelouses
Distillent un max de blues
C’est pas que les crampons
Soient dorés de biftons
C’est pas que les grands stades
Rappellent des temps barbares
Où mouraient en cascade
Des chanteurs à guitare
C’est pas le fait des gensss
Non c’est vraiment l’ambiance
D’un pays pré fasciste
Suprémato raciste
Qui refuse l’accès
À des arbitres noirs
Qui se moque de tout
Sauf de l’ICE et du fric
Alors
Comme ça tourne par rond
Moi je tourne le dos
Pour mettre le maillot
De
ma chérie en fond
11 juin 2026
Ouverture coupe du monde de football
Le temps joue une symphonie
Qui dit l’ancien d’une lessiveuse
Aux pieds de griffon
La gueule prête au charbon
Les scies endormies
D’avoir taillé des poutres
Aussi simples qu’elles
Elles pourraient le faire encore
Comme encore pourrait servir
L’établi
Bête de beauté simple
Qu’indiffère le sol craquelé
La vie tient dans les araignées
Tisseuses de ponts de singe
Entre porte et plafond
La lumière s’amuse
A créer le suspense
Qu’y a-t-il dans ce rai franc
Sinon l’avenir à écrire
Par de jeunes pousses
Rogner ronger réduire
Annihiler couper interdire
Retracer occuper envahir
S’approprier contester exiger
Menacer défaire refaire
Clôturer piéger
Mine tirer
Mépriser insulter rabaisser
Viser stigmatiser
Écarter encarter décarter
Grappiller fausser prétendre
Ester plaider falsifier
Pour finir au bout du rouleau
Avec une seule signature
« La guerre de Cisjordanie est une guerre du cadastre »
Luc Bronner, 24 avril 2026
À Nantes qui l’attend
Cali le généreux
Offre ses souvenirs
Les beaux l’amour l’enfance
Les à peine croyables
« J’ai suivi Léonard Cohen ! »
Les lourds de l’âme aussi
Devenus durillons
Et qui font toujours mal
L’exode républicain
Les mal traités d’Espagne
Les migrants d’aujourd’hui
Qui leur ressemblent tant
Cali va sans tanguer
Même jeté dans la foule
Il parle à chacun
Il se laisse toucher
Il conduit une enfant
Avec lui sur la scène
Cali le généreux
Rend hommage à ses pairs
Ferré Dylan U2
Ses mots touchent leur cible
Émouvants et sensibles
Féroces aussi parfois
Avec les fous de droite
Mais basta pour les cons
Il donne envie de vivre
De vivre et partager
Et c’est cela qui compte
Serti dans la musique
28 février 2026
Cali à la salle Paul Fort de Nantes
Livres merveilleux livres
Véhicules de beauté et de réalité
Même numériques devenus
Vous n’êtes pas des marchandises comme les autres
On peut vous stocker
Mais pas vous enfermer
On peut vous étaler
Mais pas vous ligoter
Vous allez par les vents
Et courants de pensée
Avec pour seuls bagages
Les mots de vos pères et mères
Autrices et auteurs
Qui vous ont élevés bichonnés
Tranquillisés rassurés
Votre liberté est la leur
Et ces libertés ne s’achètent
Quels que soient les marchands
Quelles que soient les richesses
Les livres vivent loin des coffres
16 avril 2026
115 auteurs quittent la maison Grasset
après le licenciement de son directeur
Le p’tit oiseau vient réveiller
Le riad encore ensommeillé
Un piqué au fond du patio
Une remontée en musique
Il se pose sur un tableau
Lustre le fer des balustrades
Des chambres on l’entend c’est le jour
Le signal frais du matin neuf
Quintes quartes et il s’écarte
Remonte en haut sur la terrasse
Défie la Koutoubia replonge
Allez debout il s’égosille
À la fontaine hors des plumards
Une à une les portes s’ouvrent
Sur le petit avion de plumes
Qui lâche heureux dans le riad
D’ultime trilles en myriades
D’autant plus perverse la voix
Qu’elle sucre susurre les mots
Impose sa seule réalité
C’est lui qui possède les mots
Qui les dirige comme un troupeau
Ces mots qu’elle ne sait pas détricoter
Contredire elle ne sait
Sur le côté un piano essaye autre chose
Cordes percutées/rythme haché/brutaux contrastes
Ma chérie tout ça c’est à cause de toi
Je t’aime moi
Notre bonheur c’est quand tu es d’accord avec moi
L’autrice actrice lectrice
Laisse quelques vers
De Dickinson Akhmatova Plath
Onduler derrière elle
On rit parfois
Tant la ficelle est grosse
Et pourtant la femme si longtemps attachée à sa longe
Vingt ans pour la couper
La chérie s’envole bye c’est pour toujours
Le mari sûr de lui la plaint
La pauvre de s’être ainsi de lui
Libérée
26 mars 2026
Lecture musicale par Marie N'DIAYE de son texte « Ma chérie »
au Théâtre du Glob de Bordeaux
Comme une libellule allongée
Sur sa barge de milliers de tonnes
Le tablier géant qui a vaincu la mer
Cligne de l’œil aux quais
Freine aux bras du fleuve
Et la nuit venue amorce
Le demi-tour de sa vie
7 mars 2026
Arrivée à Nantes du tablier du pont Anne de Bretagne
La vie a décidé Clément
De ne pas l’être avec toi
Tirant trop tôt un trait
Sur ceux que tu as tracés
Avec Julie la scénariste
Complice à pleine gomme
Vous aviez encore
Tant de cases à remplir
Et l’on se sent bien triste
A découvrir la mort
Venir te prendre aux tiens
Sans jamais plus nous ravir
1er mars 2026
Mort du dessinateur Clément Oubrerie
(Aya de Yopougon, Pablo, Isadora, Voltaire amoureux, Dali…)
Il n’y a pas de temps pour les regrets
Juste la vie à pousser
En regardant le soleil
Se lever dans tes yeux
Il n’y a pas de place pour le retour
Courir vers la falaise
Laisser au gouffre l’ombre
Voler dans la lumière
Il n’y a pas de temps pour l’oubli
L’absence est un poison
Jette le couteau
Garde les cicatrices
Il n’y a du temps que pour nous
Armés de pétales fanés
La vie dit pulse pas pouce
L’impasse est dans les souvenirs
200 avions au prétexte de paix
Versent à pleins seaux du carnage
Et les cieux de missiles saignés
Remisent les rêves aux portes des caves
En finir
Mais avec qui quoi comment
Quelles roues bloquer quels cycles rompre
Quels dieux brûler quelle langue parler
Peut-être laisser les femmes
- qui savent l’enfant
ses joujoux ses guéguerres
ses colères ses peurs -
Apprendre aux hommes à plier
Des avions en papier
Pour dédier aux oiseaux
Les
couloirs de l’espace
28 févier 2026
attaque israélo-américaine sur l’Iran
Deux ans qu’il est mouru
Au nord de la Russie
Maltraité mille fois
Achevé aux poisons
Le choc du Novitchok
Puis l’épibatidine
Injectée sans scrupule
Par de savants bourreaux
On vient fleurir sa tombe
De bouquets de colère
D’indignation tremblée
On prie que ses souffrances
N’aient pas été en vain
Et que le bloc de glace
De la folie Kremlin
Fonde au plus vite en boue
16 février 2026
deuxième anniversaire de la mort d’Alexeï Navalny
10 février 2026
Elle vient bien du ciel
Aux jours gris de l’hiver
Grésil ou floconneuse
Ouvrière sans machine
Qui brode des rideaux
A la blancheur multiple
Et voilà tout de go
Qu’au prétexte J.O.
De faux gentils G.O.
La désirent uniforme
Jetée par des canons
En couches régulières
Laissons plutôt la neige
A son rythme tomber
A sa guise glisser
Et s’il faut renoncer
A lui fendre le corps
Rêvons juste rêvons
6 février 2026
Ouverture des JO d’hiver à Cortina d'Ampezzo (Afp)
Nazie un peu, zélée beaucoup
Prête à passer la corde au cou
De tous les abuseurs d’asile
Qui sapent les États-Unis
Police un peu beaucoup milice
Elle tartine à gros petons
Les droits de la population
En brisant portes et mâchoires
C’est la violence autorisée
En voitures banalisées
Que gèrent d’anciens émeutiers
A la faveur du roi graciés
Careful if you’re driving
Careful if you’re walking
In any way you will be wrong
These men can shoot you as they like
Mais la vie reste la plus forte
Elle envahit la rue pour soutenir
Le cœur d’un seul amendement :
Aux hommes la priorité
28 janvier 2026
chasse aux immigrés aux États-Unis