vendredi 16 octobre 2015

Polymorphie





la voix dit le silence, la noirceur de l'espoir
en prison la voix est un caillou roulé sous la langue parlée à tout le monde ici
et là

la voix dit des poèmes écorchés, des lettres suppliciantes, des poses pas résignées
l'espace irréel de la cellule humanise jusqu'au rat

les cuivres rythment le temps-paradoxe du prisonnier
vacant découpé sans cesse

la batterie bat
les barreaux
la voix répand le grain
chaud-froid des textes

un prisonnier écrit pour tenir
pas pour s'évader
pour construire
dedans un dehors

Jean Zay ne bégaie pas, Albertine Sarrazin dit la douleur enfermée, Oscar Wilde asperge tout de jus acide
Regarde, dit-il, regarde ce que tu fais, toi libre et souverain de ta disponibilité
si tu savais ce que je souffre, combien tu jouirais d'être

album « Cellule », 16 octobre 2015 
( https://polymorphie.bandcamp.com/album/cellule)
 

mercredi 7 octobre 2015

J'ai vu



J'ai vu



J'ai vu le ciel se fendre
Comme des sourires de chats
Des oeufs tomber
En tombeaux amers

J'ai vu des villes passer
De rien à mégapole
Hypertrophie de tôles
Où les linges rincés par les femmes
Dans des bassins de rue
Prenaient un ton étrangement cobalt

J'ai vu l'océan
Noyer des troupeaux
Envahir les herbages
Tremper des villages
Dans le lait de l'exil

J'ai vu des femmes
Vivre au bord des rails
Y allaiter dormir
Le ballast pour horizon

J'ai vu Pékin
Ou plutôt je n'ai pas vu Pékin
Ou plutôt si j'ai vu Pékin
Ciel et rues ne faisaient qu'un
Sous la purée toxique

J'ai vu des visions
Comme Rimbaud
Des feux des explosions
Des volcans volant la vedette
Aux artificiers italiens

J'ai vu des taureaux
Se rebeller
Fini de décorner
J'ai vu des grenouilles
Soulever les ruisseaux
Des écureuils appeler la forêt
Au tam-tam de queues ébouriffées
J'ai vu des zèbres
Exiger des ratures
Les poulets gendarmer la nature
Au nom d'un cycle maîtrisé
L'oeuf fut le premier

J'ai vu l'homme obstiné
Paon devant l'inexorable
Heureux de cécité
Il y aura Mars Vénus Jupiter
D'autres sphères
Où apporter l'enfer

J'ai vu la résistance dans les yeux de l'Arthur
Le cri sans nom dans sa bouche rebelle
Ses pensées drues sous les cheveux courts
Enragé d'un impossible partage
Il savait tout
Rien n'advint pourtant



28 septembre 2015, l'aviation française entre en action en Syrie

mardi 6 octobre 2015

5 h 08



5 h 08



La femme se lève
Laisse le rêve
Aux draps
On dort autour d'elle
Ne rien faire frémir
Passer comme fantôme

La femme s'élève
Au-dessus du monde assoupi
Point de vue de la Lune
De Mars ou d'ailleurs
Boules d'univers aux boucles d'enfants mêlées

La femme plonge
Remonte replonge
Meurtrie d'aiguilles au coin des paupières
Une sonnerie un réveil
5 h 08



  Un cdd 2015

dimanche 4 octobre 2015

Le temps jadis



Le temps jadis




Jadis
Pour mieux sauver son âme
On maltraitait l'humain
On pendait au gibet
On clouait à la croix
On emplissait de plomb
Les replis de la peau
Villon l'a dit en ballades
Grinçantes comme la roue

C'était il y a jadis
Aujourd'hui
La vie est presque belle
Les siècles auraient appris
A l'humain
A respecter l'humain

Hélas
Jadis n'a plus de sens
Aujourd'hui est demain
Chacun est chez soi rentré
En soi
Connecté serein
On se mélange certes
Dans l'urgence
Flashmob
Puis on se sépare vite
Omelette de bleus
De jaunes de blancs de noirs
Réseaux dégoût
Tout est confondu
N'ayant même plus
Jadis comme repère

Migrant 4




Migrant 4




L'un descend d'un Arménien
Né en mille neuf cent dix
L'autre d'un Irlandais
Hirsute de famine
Lui se prétend Syrien
Qui aurait tout perdu
Et lui Afghan hargneux
A cause d'un exil
Qui le tient loin de ses bêtes

Tous ont migré
Libres aujourd'hui de dispenser
Où bon leur semble
Coutumes langues Adn
Pourtant ils en veulent au passé
Alors prier pourquoi pas

Mais ne pas retourner