vendredi 23 octobre 2020

Avortement en Pologne


1-


Gros dos ventre rond
Gros ventre malgré soi
Souffrance à s’enfoncer
Jusqu’à passer la frontière 
Faire avec ça pour être sans
Pour être sûre à cent pour cent
Les autres s’en lavent du sang 
Sur leurs mains répandu
Subir, cacher - taille épaissie seins grossis - 
Se contrôler, se surveiller, craindre, trembler
Les autres s’esclaffent en slip d’église consacrés
Sauf quand leur fille arrive
Ronde d’un père qu’ils ne veulent pas
Et d'un beau-fils à détester

2-

Abstenez-vous femmes polonaises
Obstinez-vous au sans rapport
Tant pis, les hommes iront entre eux
Du ventre ils grossiront
Auront couche de gras
Par dessus couche du ridicule
3-

L’enfant viendra en son temps
Chanter
Laissez-lui le temps
De dire
Qu’il est prêt
Laissez-moi lui parler
Longtemps
La nuit, en rêve, le jour, en vrai
Laissez-le faire son chemin
Laissez sa mère le préparer 
Laissez les femmes décider

 
  
Le tribunal constitutionnel  polonais valide la loi restrictive sur l’avortement 
(22 octobre 2020) 
 

 
 

dimanche 18 octobre 2020

Un professeur assassiné





Un professeur assassiné


Les enfants le regardent, l’écoutent
Ils apprennent que la Terre est ronde les étoiles mortes 
les hommes vivants et minuscules
Ils apprennent du professeur
Ensemble
Leur esprit s’ouvre s'élève leur pensée 
Ils se découvrent, se comprennent
Le professeur passe la complexité
Les enfants écoutent, apprennent
Ils savent que c'est pour eux



Assassinat, à raison de son métier, de Samuel Paty
professeur à Conflans-Saint-Honorine
16 octobre 2020 

 

 

dimanche 4 octobre 2020

Fuis donc, Arthur Rimbaud !

Les tombes sont faites pour les os
Les zoos, les mortes-eaux
Les Panthéon pour les pantalonnades
Postérieurs en postérité
Toi qui étais le vent
Qui en quêtais le souffle
T'en meurtrissais jusqu’en Abyssinie
Toi qui prenais les routes
Sans bas-côtés sans fins 
Brûlé d'ivresse
Tenant tête au soleil
Toi que le vent dévorait
Et qui bouffais le vent
L'absolu brisé

Aurais-tu besoin de prières 
D’admirateurs confits en dévotion
De faux errants blottis en leur cinquième arrondissement 
- Paulo lui, qui était du quartier,
Aurait goûté le pied de nez
La République qui paye son coup
Ça ne se refuse pas ! -
 Mais avisant la camisole de pierre
Tu aurais crié d’horreur et les grands hommes effrayés 
Auraient repoussé leur couvercle 
Et fait une foire de tous les diables

Fuis donc, Arthur Rimbaud !
Même si c'est fait depuis longtemps
Car ils sont loin tes vers
Éparpillés dans les étoiles
Accessibles inaccessibles
Et nous qu’attendons-nous 
 « N’ entre pas ici, Arthur Rimbaud », écrit Dominique de Villepin le 4 octobre 2020
 en réponse à une pétition sollicitant l’entrée combiné au Panthéon de Arthur Rimbaud et Paul Verlaine

 

(Lettre de Germain Nouveau à Verlaine - 4 août 1876)

vendredi 14 août 2020

Pourtant je prends garde

 


 

Je mange mon chapeau

J’avale des couleuvres

Je change de version

Je dis la liberté

J’applique les sûretés

Je bois un peu la tasse

Tout tassé à mon banc

Je fais ce qu’on me dit

Jadis j’étais seigneur

Et me voilà valet

 Pourquoi tout ça pourquoi

Avez-vous une idée ?

dimanche 9 août 2020

Beyrouth explose

Il y avait une route sur la corniche
Où nichait l'espoir des plages
Où le soleil était beauté
Mariée à la mer étalée

Il y avait un port 
Ouvert sur le monde
Un sas un siphon un poumon

Il y avait des gens un peu fous
Fêtards, rieurs, solidaires
Si beaux
Qu’on aurait dit un peuple premier

Il y avait la guerre
Dans les mémoires
Ce grand tout-est-permis 
Où prospère le viril

Il avait du personnel 
Politique pitoyable, cynique, incompétent
Apte à violer les lois 

Et ce stock oublié
De nitrate d'ammonium
Explosant dans des corps épuisés

Le point zéro atteint
Le fond du fond
L'absence de mots
Des gens pourtant



4 août 2020, explosion dans le port de Beyrouth d'un entrepôt de nitrate d'ammonium,
 dévastant les trois quarts de la ville et jetant 250.000 personnes à la rue 


(Afp)

 



 

Vatican toute(s) !

Ni sultanes ni soutanes
Ni bonnes ni servantes
Ni meilleurs ni pires
Qu’un demi d’humanité

Elles réclament, les femmes
Que rien en théologie
Ne pousse dans les orties,
De trôner aux autels 
 
Confessez barbons des églises
Qu'à ces revendications
Vos sermons n'ont à opposer 
Que tristoune tradition

Laissez donc vos vœux s’aérer
De leurs battements de cils
Vos pensées se rafraîchir
A des serments renouvelés

En partageant le pouvoir
- au moins ce qu'il en reste -
Vous aurez le bénéfice
Des filles en plus des fils



22 juillet 2020, sept femmes candidatent à des ministères de l’Église catholique
 auprès de la nonciature de Paris 

 
 

samedi 1 août 2020

Canción sin nombre






La vie peut être la nuit
Tourner à vie dans l'eau noire
Suinter de pauvreté
Renoncer aux forces constituées
Se faire à l’idée d’être sans bruits
Tant les couvre un vacarme intérieur
Sauf le brin d’oxygène
Du chant indigène

Le bébé disparu a voilé le soleil
Dévoilant les dollars
Vaine vie de vingt ans

La nuit voit parfois disparaître la nuit
Au camp au goulag la résistance a passé
Demain serait alors jour à venir
La femme chante
L’œil sur l’horizon
Le bébé disparu



Film de Mélina Léon, 2019